Le concert suivant a lieu fin juillet, dans le cadre du New Music Seminar de New York. Avec le concours d'un guitariste d'accompagnement, Big John Duncan, ex-Exploited, Nirvana interprète quelques chansons de son nouvel album, qui après avoir écarté des titres comme "I Hate Myself And Want To Die" ou "Versus Chorus Versus", s'appellera finalement "In Utero". Au mois d'août, le groupe entreprend une vaste tournée aux Etats-Unis avec Pat Smear, qui avait déjà fait du l'influent groupe hardcore The Germs, en tant que secondes guitare, et la violoncelliste Lori Goldston. Après une longue attente, le 13 septembre paraît "In Utero".
Comme le groupe l'avait laissé entendre, il s'agit d'un album rageur, âpre et difficile à assimiler pour ceux qui attendaient une suite de Nevermind. "C'est ce qu'on pourrait appeler un authentique disque de grunge. Il est sale. Mais, pour lui rendre justice, il fait dore que chaque chanson a sa propre personnalité, chaque morceau est traité comme une entité isolée. J'insiste, je crois que le mot que le définit le mieux est "grunge"... Quand on a fait Bleach, personne n'employait ce nom, ça signifie quelque chose comme de la crasse accumulée sur un rideau de douche. Maintenant, ce mot fait partie de notre vocabulaire, il faut vivre avec", déclare Novoselic. La polémique qui accompagne la sortie d'In Utero - Albini déclare que le disque est un "suicide commercial" et que son style ne plaît pas du tout aux responsables de DGC et de Gold Entertainment - joue pourtant en faveur du groupe. Pas sur le plan commercial (les ventes sont considérablement inférieures à celles de Nevermind), mais cela contribue à renouveler le prestige du groupe dans les cercles spécialisés. In Utero n'est pas, en effet, un album complaisant ni même aimable, et sans doute pour ces raisons, la presse le traite avec une certaine bienveillance, ce qu'a priori on n'attendait pas. "Ceux qui ont dansé sur Nevermind devront aller voir ailleurs. Ceux qui connaissaient Nirvana se rendront compte que le groupe peut encore fabriquer des pilules difficiles à avaler. In Utero est un très bon disque, sincère et brutal, mais condamné aux ténèbres" écrit Rafa Cervera dans Ruta 66.